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 Dublin

par

Louis MacNeice

Une merveille de la poésie irlandaise, récité par un sans-abri de Galway…

Grey brick upon brick,
Declamatory bronze
On sombre pedestals
– O’Connell, Grattan, Moore –
And the brewery tugs and the swans
On the balustraded stream
And the bare bones of a fanlight
Over a hungry door
And the air soft on the cheek
And porter running from the taps
With a head of yellow cream
And Nelson on his pillar
Watching his world collapse.

This never was my town,
I was not born or bred
Nor schooled here and she will not
Have me alive or dead
But yet she holds my mind
With her seedy elegance,
With her gentle veils of rain
And all her ghosts that walk
And all that hide behind
Her Georgian facades –
The catcalls and the pain,
The glamour of her squalor,
The bravado of her talk.

The lights jig in the river
With a concertina movement
And the sun comes up in the morning
Like barley-sugar on the water
And the mist on the Wicklow hills
Is close, as close
As the peasantry were to the landlord,
As the Irish to the Anglo-Irish,
As the killer is close one moment
To the man he kills,
Or as the moment itself
Is close to the next moment.

She is not an Irish town
And she is not English,
Historic with guns and vermin
And the cold renown
Of a fragment of Church latin,
Of an oratorical phrase.

But oh the days are soft,
Soft enough to forget
The lesson better learnt,
The bullet on the wet Streets,
the crooked deal,
The steel behind the laugh,
The Four Courts burnt.
Fort of the Dane,
Garrison of the Saxon,
Augustan capital
Of a Gaelic nation,
Appropriating all
The alien brought,
You give me time for thought
And by a juggler’s trick
You poise the toppling hour –

O greyness run to flower,
Grey stone, grey water,
And brick upon grey brick.

—–

J‘ai connu MacNeice par plus le fortuit des hasards, alors que j’écoutais une chanson du fameux groupe irlandais The Dubliners.  Luke Kelly, maintenant décédé, introduisait la prochaine chanson (intitulée Nelson’s Farewell) en lisant la première strophe du poème…

Je me renseignai donc sur le pourquoi du comment, et sur ce qui avait pu motivé Kelly à choisir un pareil texte.  Une « jolie » petite histoire se dégage de ce choix…

Horatio Nelson, comme vous le savez peut-être, était un amiral de la navire britannique, l’un des plus grands à ce que l’on dit.  En l’honneur de sa victoire à la bataille de Trafalgar, on lui érigea une colonne, en plein Dublin, en 1811.  On en retrouve une semblable à Montréal d’ailleurs.  Quoi qu’il en soit, la colonne surplombait toute la capitale irlandaise.  Louis MacNeice, poète nord-irlandais, écrit son poème « Dublin » dans les années cinquante.  Il se sert de la métaphore d’un Nelson omniscient (du haut de son Pillar) pour lui faire témoigner de la dégénérescence irlandaise d’alors, avec les pintes (porter running from the taps/with a head of yellow cream) coulant à flot, et qui voit la chute de son monde (watching his world collapse).

Quand Luke Kelly introduit sa chanson, il présente MacNeice comme un poète qui se révéla être un prophète.  Pourquoi ?  En 1966, alors que les troubles persistent, des membres de l’IRA font sauter (à grands coups d’explosifs) la colonne du géant britannique qui, selon eux, n’avait rien à faire à Dublin, surtout pas en regardant le peuple de haut.  On peut dire que le poème de MacNeice, particulièrement le dernier vers de la première strophe s’avéra confirmé.  Nelson a bel et bien vu son monde s’écrouler