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Je dois la rencontre et la découverte de Bryan Sentes à mon ancien enseignant (et désormais bon ami) Jürgen Heizmann.  Tout comme ce fut le cas pour George Slobodzian, c’est par son intermédiaire que j’ai rencontré, un soir, autour d’une pinte dans un pub irlandais, celui qui fera aujourd’hui l’objet de ce petit billet.  Je ne peux moi-même pas dire que je le connais très bien.  Bryan et moi, nous nous ne sommes rencontrés qu’à quelques reprises, toujours dans un contexte relativement alcoolisé.  L’ivresse me revient donc immédiatement à l’esprit lorsque je repense à lui ou que je croise du regard l’un de ses trois recueils de poésie, qu’il m’a refilé, au milieu du moi de mai dernier.

Il connaissait déjà vaguement l’existence de mon blog, et savait que j’avais écrit quelques mots sur la poésie de son bon ami, Slobodzian.  Je lui avais assuré que je ferais de même quand j’aurais eu terminé la lecture de ses livres: « Thanks Bryan, I can’t wait to read and comment your works ! » que je lui avais dit.  Ça avait semblé le ravir.  Mais il a rapidement dû croire que je l’avais oublié, le pauvre, quand après plusieurs semaines je n’avais pas encore rédigé une ligne, ni donné signe de vie.  La raison est simple: Sentes est dense.  N’étant pas anglophone, le défi s’est révélé encore plus grand, mais j’ose prétendre que la langue n’y est pas pour tout dans cette histoire d’opacité.  Il y a aussi les thèmes, et les l’emploi des mots et de leur signification.  Il joue carrément avec les lettres et les mots, leur donnant une identité propre que je n’ai pas su comprendre aux premiers abords.

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J’ai donc du prendre le temps de digérer chaque lettre.  Et je crois pouvoir dire que je n’ai pas encore terminé.  Le pourrai-je seulement ?  Il apparaît donc que l’écriture de Sentes est inépuisable, et je ne suis pas le seul à le croire.

Bryan Sentes is a heroic Pound-Joyce of the Google era.

– Peter Dale Scott

Inépuisable donc, mais aussi inclassable.  Le rapprochement que fait le poète canadien Peter Dale Scott entre Sentes, Pound et Joyce est tout à l’honneur de Bryan, mais ce qu’il fait, ce n’est ni des Cantos ni des Épiphanies.  Ce sont l’oeuvre unique d’un style bien propre, et c’est le sien.  L’influence est palpable, mais il arrive parfois que l’on tombe sur une originalité particulière sans que l’on ne sache d’où en provienne l’inspiration.  C’est le cas de plusieurs poèmes de Sentes.

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Comme je le fais souvent, je l’ai lu d’une main et l’ai annoté de l’autre.  Loin d’être toutes pertinentes, mes notes furent prises sur le moment.  Ce qui m’a touché, je l’ai noté, blanc sur noir à la manière d’une ardoise en négatif.  Certains mots, parfois tous simples, me rappellent qu’il n’est pas pour autant un poète hermétique.  On peut le lire sans se casser la tête, mais comme c’est le cas pour nous tous, Sentes a son petit côté plus étanche.

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Il  faut l’entendre et le rencontrer.  Pound et Joyce n’étaient certainement pas à moitié sympathique comme Sentes, et ce, à eux deux.  Les quelques fois où j’ai eu la chance de boire un verre avec lui (ou une gorgée de Slivovitz dans sa flasque sur le trottoir !) je n’en suis pas revenu de voir à quel point le bonhomme était inspirant…  Ce n’est pas qu’un très bon poète, c’est également un très bon gars, comme on dit.  À défaut d’avoir la chance de le rencontrer pour l’instant, je ne peux que vous encourager à vous procurer ses livres, au nombre de trois, pour l’instant (Grand Gnostic Central, Ladonian Magnitudes et March End Prill).  Le tout se fait en ligne, ou à la librairie montréalaise Argo Bookshop.  Vous ne le regretterez absolument pas…  Il s’agit pour moi d’une découverte majeure.

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