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Ce matin, je me suis acheté le dernier titre paru aux Éditions de Ta Mère, Villes Mortes par Sarah Berthiaume.  J’avais adoré, mais alors là, adoré Ménageries, de Jean-Philippe Baril Guérard.  Une crisse de belle job d’édition en plus de textes extraordinaires et originaux.  C’est ça, la rencontre avec Ta Mère.  J’avais vu passer une publication de la page des Éditions, (tsé comment qu’c’est, Facebook) sur le ouèbe, mais j’avoue que mes lectures personnelles en pleine fin de session, c’est loin d’être une priorité.  Mais là, quand Monsieur a fini son bacc, il s’est garroché sur la plaquette.

Normalement, j’haïs pas savoir à quoi j’ai affaire quand je commence un livre.  Vous allez dire que je suis plate, mais ça me prends un minimum d’informations avant même d’acheter le bouquin.  Là, j’imagine que c’est parce que c’était pas cher et qu’en plus, je commence à me développer une confiance aveugle pour la gang de Ta Mère, ben, j’ai acheté Villes Mortes sans même lire la quatrième de couverture.  « Fuck off, c’est sur que c’est bon » que je me suis dit.  Habituellement, mon spider-sense d’achat impulsif est plutôt mauvais.  Je tombe soit sur des cochonneries ou des trucs beeeen ordinaires.  Cette fois, c’est le contraire.  Une autre découverte!

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Pas très volumineux et plein d’illustrations, le livre de Sarah Berthiaume se lit rapidement.  Trop rapidement presque.  Et c’est le piège.  Le bouffer comme je l’ai fait serait une erreur.  Lecteur égaré qui lit cette chronique, nimm dich in Acht: il faut prendre son temps pour lire Villes Mortes.  Ça n’est pas juste drôle à s’en taper sur les cuisses, c’est aussi très bien ficelé.  Bah, au pire, si tu l’as avalé sans le mastiquer, faudra le relire.  De toute manière, ce n’est pas le genre de bouquin que tu lis une fois et que tu laisses macérer dans le jus de ta bibliothèque.  Tu le ressors aux six mois, pis tu le relis, encore et encore.

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Elle pose problème, par contre, cette plaquette…  On ne sait pas nécessairement comment la prendre, aux premiers abords.  Moi, par exemple, je me suis senti pas mal niochon de rire par-ci, pis de me sentir petit dans mes culottes par-là.  Y’a quelque chose de trash là-dedans…  De viscéral.  Il me serait difficile d’élaborer sur un tel feeling de peur de briser les chutes de certaines des quatre histoires.  Si j’ai relativement bien fait ma job, au terme de votre lecture de ces quelques lignes, vous allez prendre une petite marche chez votre libraire et vous procurer ledit livre.  Ça vaut le coup.

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Villes Mortes, c’est en fait quatre courts textes, joués sur scène avant d’être été publiés.  Ménageries, c’était pareil, mais processus inversé: c’était imprimé et quelques jours plus tard, c’était joué.  Et c’est théâtral comme prose, sans surprise.  Moi qui n’aime pas beaucoup de théâtre (je vous entend déjà me lyncher, gang d’artiss’ qui aimez toutes les formes d’art), j’ai été touché, dans ma Poäng d’IKÉA cet après-midi, de lire Berthiaume, mais aussi d’embarquer dans son jeu.  Villes Mortes, c’est rouge comme du lipstick, ça sent le café pis c’est froid comme le marbre italien.  Ça a la texture du sable afghan pis celle du papier recyclé.  J’aime ça, cibouère.

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Sarah Berthiaume écrit bien.  Très bien.  C’est frais et ça parle par soi-même.  C’est drôle quand ça doit l’être, et ça fesse, lorsque ça doit fesser.  C’est une précision molle, que j’aurais envie de dire.  Je m’explique: on ne sent pas l’effort, et pourtant, on se dit que ça doit avoir été travaillé.  Et ce travail là, il ne s’est visiblement pas fait tout seul.  Les illustrations, il faut en parler, contribuent, elles aussi, au succès du bouquin.  Si Benoit Tardif est un habitué des Éditions de Ta Mère, on fait ici la connaissance avec de nouvelles illustratrices et de nouveaux illustrateurs que l’on n’avait (du moins que JE n’avais) pas le bonheur de connaître jusqu’à présent :

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Sébastien Thibault)

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Francis Léveillée)

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Gabrielle Laïla Tittley)

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Benoit Tardif)

Mais ma petite caméra est loin de rendre justice aux (sublimes) illustrations qui garnissent le recueil.  Contrairement au site ma mère était hipster qui semblait juger que le style de Tardif n’avait pas tout à fait sa place dans Villes Mortes, je considère au contraire que ses illustrations gagnent à y être inscrites.  Au risque de me répéter, ma lecture de Villes Mortes était polarisée.  C’est léger ou ça percute.  Le clash des styles, disons, Tittley-Tardif, fonctionne à l’image de dichotomies du bouquin.  DIX30 est également sans doute le texte le plus absurde du livre.  No wonder, comme disait l’autre, que ce soit Tardif qui l’ait imagé… On y reconnaît, dans le propos de Berthiaume sur la consommation entraînant la zombification des consommateurs, une absurdité qui, sans être légère, se prête aux illustrations de Tardif.  En ce sens, le choix éditorial de demander à Tardif de contribuer à l’illustration de Villes Mortes est ainsi, selon moi, tout à fait justifié.

Je terminerais en disait que j’ai tout simplement beaucoup aimé Villes Mortes.  J’ai bien l’intention de m’en procurer quelques copies supplémentaires, ne serait-ce que pour les offrir à des potes.  Ça s’offre bien, et c’est le genre de livres qu’on aime recevoir.  Et si vous ne voulez pas attendre qu’un de vos ingrats d’amis vous l’achète pour votre anniversaire, courrez donc vous l’acheter vous-même…  Les Éditions de Ta Mère publieront certainement un autre bijou d’ici peu, qui fera bonne figure sur votre liste de souhaits…