« Vorläufiges zu Zettels Traum » – Arno Schmidt

Je me le suis acheté. Ça faisait quelques années que je le reluquais sans le mettre dans le panier. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était l’enregistrement audio, de Schmidt lui-même, qui explique l’origine et tente de démystifier son maître ouvrage, Zettels Traum, au sujet duquel j’ai parlé à répétition ici. Le boîtier (un réel boîtier de bois) contient un livret d’une vingtaine de pages, trois feuillets facsimilés de ZT ainsi que deux précieux vinyles, sur lesquels on entend la voix du maître. Vorläufiges zu Zettels Traum (traduisible par quelque chose comme « considérations provisoires à propos de Zettels Traum ») n’a jamais été digitalisé et sa facture fragile en rendait l’accès difficile par prêt entre bibliothèques universitaires, mon recours habituel quand je recherche de rarissime objets. M’étant acheté tout récemment une table tournante USB, j’ai pu mettre le tout en fichiers mp3. Surtout, j’ai pu m’approcher un peu plus du secret de ce rêve de fiches.

Certains trouveront le format inhabituel. Il l’est aussi, naturellement, – et je dois dire un mot à ce sujet.

J’ai d’ores et déjà présenté un livre à deux colonnes ; il s’agit de Kaff auch Mare Crisium, dans lequel un couple, en vacances pour quelques jours en Basse-Saxe, s’imagine pour le plaisir être en voyage sur la lune ; un long monologue intérieur (jeu réflexif) pour passer le temps, donc. Le format était déjà trop gros pour certains libraires, ce qui, naturellement, est pour moi un vil argument. Que l’on le range dans une bibliothèque ou qu’on le pose sur une table, ça n’a aucune importance.

Dans Zettels Traum, on compte même trois grandes colonnes de texte. Ce n’est pas que j’aie été particulièrement ambitieux – pour enchevêtrer le plus d’actions possibles, la technique des colonnes pourrait être poussée jusqu’à quatre.

Avec Finnegans Wake, par exemple, qui est d’ailleurs aussi un livre à plusieurs colonnes, Joyce ne s’était pas compliqué la vie et avait tout imprimé pêle-mêle, librement. Il prenait un malin plaisir aux cachotteries.

(traduction personnelle)

Dernières acquisitions – 28/11/2017

J‘ai des mois de retard. Il y a quelques temps que je n’observe plus mon rituel consistant à lister mes nouveaux acquis. Paresse, sans doute. Pourtant, je n’ai pas cessé de tomber sur des merveilles, au contraire. Chaque livre est le fruit d’une curiosité nouvelle. Quand j’entends parler d’un sujet qui m’accroche (et ils sont nombreux), je me renseigne. Je fouille le web, je vais en bibliothèque et j’écume les bouquinistes, ayant pignons sur rue ou virtuels. Ces dernières semaines se sont vus marquer par des intérêts nouveaux et anciens. Je suis retombé dans le théâtre élisabéthain, plutôt dans Marlowe et Shakespeare. Jamais bien loin, se retrouve Villon et, plus ancien, le roman arthurien. Mais je me suis surtout surpris à m’intéresser à certains cas macabres de l’Allemagne des années 1920. Les années folles allemandes m’intéressent depuis longtemps, mais avec ma découverte du cas Haarmann, force est de constater que les Goldene Zwanziger avaient aussi un côté peu reluisant. Celui des tueurs en série qui, dans certains cas, bouffaient leur victime ou en vendaient la chair en conserve, la faisant passer pour de la viande. Sinon, le lot habituel: de la poésie (dont un opus, celui de Sentes, dont j’aurai l’occasion de reparler bientôt), du roman (un Schmidt, en traduction entre autres) et des essais. À ce propos, une étude historique cherchant à lever le voile sur le mystère de la « colonie perdue » de Roanoke qui, après un hiver passée en Nouveau Monde, a laissé ses réapprovisionneurs complètement pantois quand ils n’en ont pas retrouvé la moindre trace, de retour d’Europe. Bref, du stock en masse. Voici une sélection.


« Warte, warte nur ein Weilchen » chanson sur le cas de Fritz Haarmann, « le Boucher de Hanovre »

« Deux poèmes de rupture » publiés dans L’Organe

Il y a un mois, je publiais trois traductions françaises de la poésie de mon ami George Slobodzian dans la revue littéraire de l’Université McGill, Scrivener. Outre une publication dans le cadre de la grève en 2012 (intitulée Pour un Printemps), il s’agissait de ma première publication n’étant pas faite à compte d’auteur. Cet été, j’avais écrit et partagé sur ce site-même deux poèmes que j’avais également envoyés, à ma propre surprise, au magazine francophone de mon alma mater, Concordia, s’intitulant joliment L’Organe. Motivé davantage par la beauté du magazine (richement illustré, comprenant autant de la fiction que de la poésie et parsemé de jolies photographies) que par une volonté viscérale d’être publié, je leur avais soumis une micro-séquence de « deux poèmes de rupture » composée de ma trop-peu-trop-tard (qu’on peut lire ici) et de peu de temps avant l’effondrement (ici). N’hésitez pas à aller voir ce qu’ils font à L’Organe, c’est du bon.

Dernières acquisitions – 25/09/2017


‎Piano Sonata No.1, Op.2 No.1. I. Allegro (Beethove) – Louis Lortie

Clément Marot est souvent considéré comme l’un des premiers poètes français modernes. J’aime à le penser médiéval. N’est-ce pas à lui, d’ailleurs, que nous devons l’une des premières éditions complètes de Villon (1533)? C’est, effectivement, lui – passeur de mémoire – qui critiqua ses concitoyens parisiens de n’avoir pas pris cette initiative plus tôt. Entre tous les bons livres imprimés de la langue française, écrit-il dans la préface à son édition de Villon, ne s’en voit un si incorrect ni si lourdement corrompu que celui de Villon; et m’ébahit (vu que c’est le meilleur poète parisien qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfants de la ville n’en ont eu plus grand soin.

Mais Marot n’est pas qu’éditeur. C’est aussi un auteur prolifique dont les oeuvres manquaient à ma connaissance et à ma collection. Suis tombé, l’autre jour, sur ses Œuvres Complètes dans une belle édition en quatre volumes, dans l’édition Jannet de 1868. Du bon stock.

Je suis également tombé, chez le même libraire (Bruno Lalonde), sur une belle édition de 1861 des Mémoires du Comte de Grammont. Écrit par Antoine Hamilton, une « oie sauvage » pour reprendre l’expression acceptée pour ces Irlandais catholiques ayant quitté l’Irlande pour la France afin d’y servir comme soldats mercenaires pour les armées continentales d’Europe. Après la Bataille de la Boyne (12 juillet 1690), les troupes jacobites de James II, prétendant catholique au trône anglais, sont défaites par celles, protestantes, de Guillaume d’Orange. James se réfugie alors en France, y traînant avec lui sa cour, dont fit sans doute partie Antoine Hamilton, beau-frère du Comte de Grammont. Les Mémoires, tout comme les Contes d’Hamilton (achetés il y a deux ans) comptaient parmi les lectures préférées de Jacques Ferron.

La Chanson de Roland – Dernière acquisition (13-09-17)


Moi, lisant la première laisse de La Chanson

La Chanson de Roland est l’un de mes textes préférés, tous genres confondus. J’y trouve une prosodie et une ambiance que je ne retrouve nulle part ailleurs. La langue y contribue pour beaucoup, naturellement. Depuis ma rencontre avec cette épopée, je m’étais cantonné dans le confort de sa traductions. Ou plutôt, ses traductions, le texte ayant été traduit par plusieurs mains au fil de l’histoire. Jean Marcel, grand intellectuel québécois que j’ai découvert grâce à ses travaux sur Jacques Ferron, est l’auteur d’une traduction en prose de La Chanson qui est, à mon avis, meilleure à bien des égards que d’autres que j’ai eu la chance de lire. Mais depuis quelques semaines, j’ai repris le texte et ai commencé à le lire en ancien français. Je n’ai pas la prétention de clamer haut et fort que je peux lire l’ancien français. Cependant, j’affirme y trouver un plaisir tout ce qu’il y a de plus ludique à me perdre en ses truchements. Cette langue est verte et ne cache pas sa fierté. Au fil des ans et des lectures, j’ai commencé à me familiariser avec son vocabulaire et quelque peu sa grammaire, mais sans plus.

J’ai récemment mis la main sur un enregistrement intégral de l’épopée, fait à Montréal (!) dans les années soixante et édité par les célèbres Smithsonian’s Folk Ways Recordings. Au même moment, je suis tombé sur une jolie édition de tirage de tête bilingue du texte (elles le sont pratiquement toutes) signé Jean de Bonnot, le même éditeur français à l’origine de ma plus belle édition de Villon, de laquelle j’ai déjà glissé un mot ici. Un très joli travail d’édition, même si les illustrations tirées de la Tapisserie de Bayeux n’ont pas grand chose à voir avec la Bataille de Ronceveaux. Mais la faute est pardonnée puisque le focus est fait sur le texte, le premier et l’un des plus beaux de la langue française.

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