« Deux poèmes de rupture » publiés dans L’Organe

Il y a un mois, je publiais trois traductions françaises de la poésie de mon ami George Slobodzian dans la revue littéraire de l’Université McGill, Scrivener. Outre une publication dans le cadre de la grève en 2012 (intitulée Pour un Printemps), il s’agissait de ma première publication n’étant pas faite à compte d’auteur. Cet été, j’avais écrit et partagé sur ce site-même deux poèmes que j’avais également envoyés, à ma propre surprise, au magazine francophone de mon alma mater, Concordia, s’intitulant joliment L’Organe. Motivé davantage par la beauté du magazine (richement illustré, comprenant autant de la fiction que de la poésie et parsemé de jolies photographies) que par une volonté viscérale d’être publié, je leur avais soumis une micro-séquence de « deux poèmes de rupture » composée de ma trop-peu-trop-tard (qu’on peut lire ici) et de peu de temps avant l’effondrement (ici). N’hésitez pas à aller voir ce qu’ils font à L’Organe, c’est du bon.

Dernières acquisitions – 25/09/2017


‎Piano Sonata No.1, Op.2 No.1. I. Allegro (Beethove) – Louis Lortie

Clément Marot est souvent considéré comme l’un des premiers poètes français modernes. J’aime à le penser médiéval. N’est-ce pas à lui, d’ailleurs, que nous devons l’une des premières éditions complètes de Villon (1533)? C’est, effectivement, lui – passeur de mémoire – qui critiqua ses concitoyens parisiens de n’avoir pas pris cette initiative plus tôt. Entre tous les bons livres imprimés de la langue française, écrit-il dans la préface à son édition de Villon, ne s’en voit un si incorrect ni si lourdement corrompu que celui de Villon; et m’ébahit (vu que c’est le meilleur poète parisien qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfants de la ville n’en ont eu plus grand soin.

Mais Marot n’est pas qu’éditeur. C’est aussi un auteur prolifique dont les oeuvres manquaient à ma connaissance et à ma collection. Suis tombé, l’autre jour, sur ses Œuvres Complètes dans une belle édition en quatre volumes, dans l’édition Jannet de 1868. Du bon stock.

Je suis également tombé, chez le même libraire (Bruno Lalonde), sur une belle édition de 1861 des Mémoires du Comte de Grammont. Écrit par Antoine Hamilton, une « oie sauvage » pour reprendre l’expression acceptée pour ces Irlandais catholiques ayant quitté l’Irlande pour la France afin d’y servir comme soldats mercenaires pour les armées continentales d’Europe. Après la Bataille de la Boyne (12 juillet 1690), les troupes jacobites de James II, prétendant catholique au trône anglais, sont défaites par celles, protestantes, de Guillaume d’Orange. James se réfugie alors en France, y traînant avec lui sa cour, dont fit sans doute partie Antoine Hamilton, beau-frère du Comte de Grammont. Les Mémoires, tout comme les Contes d’Hamilton (achetés il y a deux ans) comptaient parmi les lectures préférées de Jacques Ferron.

La Chanson de Roland – Dernière acquisition (13-09-17)


Moi, lisant la première laisse de La Chanson

La Chanson de Roland est l’un de mes textes préférés, tous genres confondus. J’y trouve une prosodie et une ambiance que je ne retrouve nulle part ailleurs. La langue y contribue pour beaucoup, naturellement. Depuis ma rencontre avec cette épopée, je m’étais cantonné dans le confort de sa traductions. Ou plutôt, ses traductions, le texte ayant été traduit par plusieurs mains au fil de l’histoire. Jean Marcel, grand intellectuel québécois que j’ai découvert grâce à ses travaux sur Jacques Ferron, est l’auteur d’une traduction en prose de La Chanson qui est, à mon avis, meilleure à bien des égards que d’autres que j’ai eu la chance de lire. Mais depuis quelques semaines, j’ai repris le texte et ai commencé à le lire en ancien français. Je n’ai pas la prétention de clamer haut et fort que je peux lire l’ancien français. Cependant, j’affirme y trouver un plaisir tout ce qu’il y a de plus ludique à me perdre en ses truchements. Cette langue est verte et ne cache pas sa fierté. Au fil des ans et des lectures, j’ai commencé à me familiariser avec son vocabulaire et quelque peu sa grammaire, mais sans plus.

J’ai récemment mis la main sur un enregistrement intégral de l’épopée, fait à Montréal (!) dans les années soixante et édité par les célèbres Smithsonian’s Folk Ways Recordings. Au même moment, je suis tombé sur une jolie édition de tirage de tête bilingue du texte (elles le sont pratiquement toutes) signé Jean de Bonnot, le même éditeur français à l’origine de ma plus belle édition de Villon, de laquelle j’ai déjà glissé un mot ici. Un très joli travail d’édition, même si les illustrations tirées de la Tapisserie de Bayeux n’ont pas grand chose à voir avec la Bataille de Ronceveaux. Mais la faute est pardonnée puisque le focus est fait sur le texte, le premier et l’un des plus beaux de la langue française.

(Un autre) Ulysses de Joyce


Molly Brannigan – John MacCormack

Il y a déjà trois ans, je m’étais procuré une merveilleuse copie – en très bon état – de la première édition américaine (2e tirage) du Ulysses de Joyce. Le livre ne m’a pas quitté depuis ma rencontre avec lui, il y a plusieurs années. Comme j’aime à bouquiner et que je sautes sur les occasions, je n’ai pas pu m’empêcher, ce mois-ci, de me procurer un autre exemplaire de la même première édition de Random House pour une poignées de dollars. Un septième tirage cette fois, datant de novembre 1934 au lieu de mon autre exemplaire de février 1934. À la bonne vôtre.

Kaff auch Mare Crisium (1ère édition) – Dernière acquisition

1960: Arno Schmidt publie un étrange roman, Kaff auch Mare Crisium, sorte de concrétisation de son style déjà particulier que laissaient présager ses romans et nouvelles précédentes. Jusqu’alors, Schmidt n’était pas si différent, disons, de Döblin, point de vue inventivité langagière. Par contre, ce roman-ci, est ouvertement inspiré de l’oeuvre de Joyce. Le romancier irlandais y fait même de nombreuses apparitions, le personnage principal rêvant d’un voyage lunaire avec pour seule compagnie sa femme et son édition du Portable James Joyce. Belle idée que voilà. Différence majeure, Kaff est le premier roman de Schmidt à exposer ce qu’il appelait la Spaltentechnik (ou la « technique des colonnes ») où le texte est divisé en plusieurs colonnes, chacune représentant un niveau narratif. Schmidt avoir puisé l’idée dans Finnegans Wake, ne s’empêchant cependant pas de reprocher à Joyce de n’en avoir fait qu’un usage mineur et superficiel. Tous les romans subséquents de Schmidt conserveront la Spaltentechnik, y compris son magnum opus, Zettel’s Traum. J’ai réussi à mettre la main sur une première édition du livre qui, non seulement, marque un tournant dans l’oeuvre d’Arno Schmidt, mais aussi dans les lettres allemandes.

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