feu furieux – premières photographies


Tis the Last Rose of Summer – Renée Fleming

Il y a le Livre des révélations et il y a la révélation du livre.

Les premières copies de mon recueil feu furieux ont été imprimées, juste à temps pour l’exposition des finissants de l’UQÀM en design. Ces derniers (dont Claudie fait partie) tiendront, début mai, une méga-foire/exposition où ils présenteront le fruit de leur travail final, couronnement de leur formation. Après être passée chez moi chercher ma machine à écrire, quelques tapuscrits et une bouteille de bière, Claudie a chouchouté le recueil, lui payant une séance photo. En voici quelques-unes.

Je vous rappelle que, pour quelques semaines encore, feu furieux peut-être précommandé juste ici.

(il suffit de cliquer sur les photos pour les agrandir)

(photographies et arrangements par Claudie Léger)

Nouvelles acquisitions postmodernes – 04/02/2018


Los Cantos del Exilio: Dame le Mano (La Sirena) – Ensemble La Nef

Je n’en finis plus de découvertes. C’est comme si ma bibliothèque se parlait. Comme si mes auteurs se connaissaient les uns les autres. Ça jase de vivacité et se lit entre eux. Joyce est en haut, du moins pour l’instant. C’est le DG de l’imaginaire. Au-dessus, on retrouve ceux que je ne connais pas encore assez, mais que je sais devoir lire en profondeur avant trépas: Saint Thomas d’Aquin, les Hispériques, les Évangiles (MaMaLuJo, comme il les appelait: Matthew, Mark, Luke, John), et tous les autres. Mais l’arbre, outre ses racines, a aussi des feuilles. La grimpante est l’inverse d’une pyramide. son delta est au nord, ses petits s’élèvent, ses fruits aux extrémités.

[Je m’emballe.]

Ce que je veux dire, c’est que linéairement parlant, il y a beaucoup de grands auteurs sous l’influence de Joyce. L’oeuvre du bon maître a été féconde et ses bourgeons ont fleuris. La seule supériorité de Joyce sur Arno Schmidt est peut-être d’être né avant lui. Je les mettrais sans doute sur un pied d’égalité. Mais une génération de jeunes auteurs a aussi commencé à suivre l’exemple joycien de libération de l’imaginaire et se sont distingués de l’entreprise du génie irlandais. Leur entreprise est ludique, absolument décomplexée. Je viens de découvrir deux représentants de cette nouvelle vague postmoderne: Julián Ríos, auteur castillan, et Louis Armand, un auteur australien qui habite depuis une quinzaine d’années à Prague. L’oeuvre magistrale de Ríos s’intitule Larva – Midsummer Night’s Babel et a été traduite en plusieurs langues, dont l’anglais et le français dont je me suis procuré les traductions. La langue est incroyablement expérimentale et, naturellement, faute de meilleurs repères, est souvent associée à l’écriture du Joyce dans son Wake.

La page de droite constitue le « texte » romanesque. C’est la trame narrative principale, celle relatant (pour reprendre le résumé du roman par son auteur) « les aventures et experditions à travers Londres de deux étourdis qui se prennent pour des personnages de roman et cherchent à entrer dans la peau de leurs doubles. » Le tout se déroule pendant le carnaval de la St-Jean (la Midsummer nights de Bottom et ses rêveries chères à Shakespeare et Schmidt.) La page de gauche, « explique » (même si le mot est vite dit parce qu’elles compliquent souvent encore plus ce qu’on vient de lire) celle de droite. Il y a donc chez Ríos une véritable plasticité de la page qui, à la manière d’une toile, est un médium tout à fait permissif. L’idée d’un texte linéaire dont le format n’est qu’accessoire au contenu est ici remise en question comme ça l’a été pour Joyce, Schmidt et les autres. Fait intéressant, Ríos lui-même a supervisé les deux traductions, anglaise et française, de son magnum opus.

Louis Armand n’est pas très loin de Ríos en termes d’inventivité langagière, mais c’est dans l’intention que l’entreprise diverge. Alors que l’auteur castillan avait besoin d’un prétexte pour faire de son livre le théâtre d’un laboratoire langagier, l’entreprise d’Armand s’approche de l’épique attribué au projet joycien. C’est ici de l’histoire de Prague dont il est question. Au travers de l’histoire personnelle de plusieurs personnages, figurants et acteurs dans l’établissement mythique d’un peuple, la capitale tchèque s’invente. The Combinations (devenu relativement difficile à trouver, probablement déjà épuisé – j’ai moi-même dû l’acheter d’un département de littérature comparée de l’université de Prague) est un plaisir pour l’œil et l’oreille. Regardez par vous-même.

Et pour finir, en beauté, un catalogue choisi du Art Institute de Chigago, dans une collection française des années soixante. Toutes les pages sont détachées, de sorte que les impressions peuvent être encadrées. Ça tapisserait bien les murs de ma chambre, pendant que me casse le cul et la tête à comprendre ce que je lis.

Une première édition D’At-Swim-two-Birds (Flann O’Brien), Aquin et Marville


La Marine – Georges Brassens

Il m’arrive de faire des bêtises. D’acheter des livres signés, des trucs plus rares, des premières éditions. Je l’ai fait pour Joyce, pour Broch, pour Heaney. Je me sens mal pour une vingtaine de minutes, après ça passe. Comme tout. La semaine dernière, c’est avec le chef-d’œuvre de Flann O’Brien, At-Swim-Two-Birds que je l’ai fait. Il s’agit d’une première édition (1939), mais d’un deuxième tirage. Le premier ayant été limité à seulement quelques centaines d’exemplaires dont l’extrême majorité a été détruite dans les bombardements aériens que les sbires d’Hitler faisaient pleuvoir sur Londres, là où le livre était entreposé. Livre plutôt rare donc, raflé à un prix d’aubaine. Et un homme heureux.

La jaquette est extrêmement abîmée: le panneau frontal en est complètement arraché et ne restent que le dos et les rebords. Qu’à cela ne tienne. Ce livre est une œuvre de génie. Potentiellement mon livre préféré. J’en ai lu l’incipit ici, pour les curieu(ses)x. À lire, en première édition ou non…

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Puis, du Aquin, que je suis en train de (re)découvrir. Une puissance que j’avais mise de côté lors de ma première tentative de lecture. Lu l’Antiphonaire, puis ai relu Prochain Épisode. Quelle obscurité tentatrice. Jeu auteur-lecteur fort. Ludique. Glauque. Un peu comme les photos de Marville…

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Der Spieler – Le Joueur (Totentanz – Danse Macabre) vers 1492

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Le manuscrit médiéval et la peur du vide


L’ours de l’auberge – Francesco (Auberge du Dragon Rouge)

Il m’arrive (un peu trop souvent) de perdre mon temps. Perdre mon temps, c’est vite dit. Disons que je préfère parfois feuilleter de vieux manuscrits médiévaux que d’avancer mon mémoire de maîtrise. Ma découverte, il y a quelques années, de la collection numérique de la BnF (Gallica) est certainement responsable de plusieurs de ces heures passées à faire autre chose que ce que je devrais faire.

En janvier, j’ai mis la main sur un livre du nom de Master of Death: The Lifeless Art of Pierre Remiet Illustrator. Remiet était illustrateur et enlumineur de manuscrits au XIVe siècle. On ne sait que très peu de chose sur sa vie sauf qu’il semble s’être autoproclamé le « Maître de la Mort ». Comme l’auteur de Master of Death le précise, le manuscrit médiéval était souvent, à tout le moins à l’époque qui concerne Remiet, surchargé. Le texte était souvent condensé et dès qu’un saut de paragraphe le permettait, une image venait combler l’espace laissé vacant. Comme si le codex médiéval avait une certaine peur du vide.

Dans son livre, Michael Camille fait référence à une instance bien particulière, dans un manuscrit de 1393 du nom de Pelerinage de vie humaine par Guillaume de Deguilleville (B.N Français 823), au folio 18 verso, pour être plus précis, un rare « trou » est visible dans le texte. Une image devait s’y trouver, comme nous l’indique la directive du relieur à l’illustrateur, mais n’a finalement jamais été réalisée:

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Plus clairement:

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L’identité de l’enlumineur, Remiet, est aussi supputée par un lecteur bien plus tardif (probablement au XVIIIe ou XIXe siècle) dans les premières pages du livre.

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Le nom de l’enlumineur etait Remy ou Remiet. fol. 18 ver.)

J’suis peut-être nerd, mais moi, ça, ça me branche comme découverte.

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