La Chanson de Roland – Dernière acquisition (13-09-17)


Moi, lisant la première laisse de La Chanson

La Chanson de Roland est l’un de mes textes préférés, tous genres confondus. J’y trouve une prosodie et une ambiance que je ne retrouve nulle part ailleurs. La langue y contribue pour beaucoup, naturellement. Depuis ma rencontre avec cette épopée, je m’étais cantonné dans le confort de sa traductions. Ou plutôt, ses traductions, le texte ayant été traduit par plusieurs mains au fil de l’histoire. Jean Marcel, grand intellectuel québécois que j’ai découvert grâce à ses travaux sur Jacques Ferron, est l’auteur d’une traduction en prose de La Chanson qui est, à mon avis, meilleure à bien des égards que d’autres que j’ai eu la chance de lire. Mais depuis quelques semaines, j’ai repris le texte et ai commencé à le lire en ancien français. Je n’ai pas la prétention de clamer haut et fort que je peux lire l’ancien français. Cependant, j’affirme y trouver un plaisir tout ce qu’il y a de plus ludique à me perdre en ses truchements. Cette langue est verte et ne cache pas sa fierté. Au fil des ans et des lectures, j’ai commencé à me familiariser avec son vocabulaire et quelque peu sa grammaire, mais sans plus.

J’ai récemment mis la main sur un enregistrement intégral de l’épopée, fait à Montréal (!) dans les années soixante et édité par les célèbres Smithsonian’s Folk Ways Recordings. Au même moment, je suis tombé sur une jolie édition de tirage de tête bilingue du texte (elles le sont pratiquement toutes) signé Jean de Bonnot, le même éditeur français à l’origine de ma plus belle édition de Villon, de laquelle j’ai déjà glissé un mot ici. Un très joli travail d’édition, même si les illustrations tirées de la Tapisserie de Bayeux n’ont pas grand chose à voir avec la Bataille de Ronceveaux. Mais la faute est pardonnée puisque le focus est fait sur le texte, le premier et l’un des plus beaux de la langue française.

Kaff auch Mare Crisium (1ère édition) – Dernière acquisition

1960: Arno Schmidt publie un étrange roman, Kaff auch Mare Crisium, sorte de concrétisation de son style déjà particulier que laissaient présager ses romans et nouvelles précédentes. Jusqu’alors, Schmidt n’était pas si différent, disons, de Döblin, point de vue inventivité langagière. Par contre, ce roman-ci, est ouvertement inspiré de l’oeuvre de Joyce. Le romancier irlandais y fait même de nombreuses apparitions, le personnage principal rêvant d’un voyage lunaire avec pour seule compagnie sa femme et son édition du Portable James Joyce. Belle idée que voilà. Différence majeure, Kaff est le premier roman de Schmidt à exposer ce qu’il appelait la Spaltentechnik (ou la « technique des colonnes ») où le texte est divisé en plusieurs colonnes, chacune représentant un niveau narratif. Schmidt avoir puisé l’idée dans Finnegans Wake, ne s’empêchant cependant pas de reprocher à Joyce de n’en avoir fait qu’un usage mineur et superficiel. Tous les romans subséquents de Schmidt conserveront la Spaltentechnik, y compris son magnum opus, Zettel’s Traum. J’ai réussi à mettre la main sur une première édition du livre qui, non seulement, marque un tournant dans l’oeuvre d’Arno Schmidt, mais aussi dans les lettres allemandes.

Dernière acqusition villonienne – 12/05/2017


(vidéo réalisée à partir de certaines images de ma bibliothèque de Villon)

Je ne crois pas avoir besoin de réitérer à quel point je suis un amateur de Villon. Depuis des années, je le lis, l’écoute, l’imagine. Il est le seul auteur (avec Joyce, peut-être) dont je ne peux m’empêcher d’acheter un livre, si je le vois chez les bouquinistes. J’ai acheté du Villon à Montréal, à Freiburg, aux États-Unis et en Irlande. Bref, chaque fois que j’aperçois un de ses bouquins, je le prends. Je me dis qu’à défaut de le garder pour moi, il fera un bon cadeau à un de mes proches qui n’a pas encore eu le bonheur de découvrir sa plume. Difficile de dire ce qui m’a le plus frappé chez lui, quand pour la première fois, à 16 ou 17 ans, j’ai mis la main sur son Testament. Je me souviens m’être assis sur le banc d’un parc, devant la Rivière-aux-Pins, chez mes parents, et d’avoir été complètement avalé par l’univers villonien, celui du Paris des années 1450, du milieu universitaire où les clercs tonsurés jouaient aux dés, participaient à des rixes tournant souvent au vinaigre et finissaient parfois au gibet. La langue, si verte, des escolliers et des gracieux gallans si plaisans en faiz et en dis ne m’a pas quitté depuis. Villon, pour moi, c’est une naissance.

Vous imaginez que cette passion, ni plus ni moins, jumelée à une bibliophilie limite maladive quand elle concerne Villon (que je pourrais presque appeler mon plus que père, comme il l’avait lui-même dit à propos de son chapelain adoptif) fut touchée droit au cœur quand, il y a deux jours, je suis tombé sur cette magnifique édition des Œuvres. Ce qui est bien (et extrêmement dommage à la fois), c’est que la totalité de la production de Villon ne fait que rarement plus de 200 pages, tout dépendant des éditions. Le Lais (que j’ai traduit en français québécois pour le plaisir) comprend quarante petits huitains alors que son grand œuvre, Le Testament lui, est plus long, composé d’une vingtaine de poèmes. Eh bien, cette édition de 1977, réalisée par le grand éditeur parisien Jean de Bonnot, est un tirage de tête, signée par l’éditeur, et richement décorée. Le texte, rédigé en lettres gothiques (les mêmes qu’utilisées dans l’édition Pierre Levet de 1489) est suivi du Manuscrit de Stockholm, l’un des plus complets et anciens de l’œuvre de Villon. L’image vaut mille mots, alors voici mille images…

Dernières acquisitions commentées – 29/03/2017


Commentaires des acquisitions

Incipit de Finnegans Wake – James Joyce (lecture)


Première page de Finnegans Wake (1939)

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