Dernière acqusition villonienne – 12/05/2017


(vidéo réalisée à partir de certaines images de ma bibliothèque de Villon)

Je ne crois pas avoir besoin de réitérer à quel point je suis un amateur de Villon. Depuis des années, je le lis, l’écoute, l’imagine. Il est le seul auteur (avec Joyce, peut-être) dont je ne peux m’empêcher d’acheter un livre, si je le vois chez les bouquinistes. J’ai acheté du Villon à Montréal, à Freiburg, aux États-Unis et en Irlande. Bref, chaque fois que j’aperçois un de ses bouquins, je le prends. Je me dis qu’à défaut de le garder pour moi, il fera un bon cadeau à un de mes proches qui n’a pas encore eu le bonheur de découvrir sa plume. Difficile de dire ce qui m’a le plus frappé chez lui, quand pour la première fois, à 16 ou 17 ans, j’ai mis la main sur son Testament. Je me souviens m’être assis sur le banc d’un parc, devant la Rivière-aux-Pins, chez mes parents, et d’avoir été complètement avalé par l’univers villonien, celui du Paris des années 1450, du milieu universitaire où les clercs tonsurés jouaient aux dés, participaient à des rixes tournant souvent au vinaigre et finissaient parfois au gibet. La langue, si verte, des escolliers et des gracieux gallans si plaisans en faiz et en dis ne m’a pas quitté depuis. Villon, pour moi, c’est une naissance.

Vous imaginez que cette passion, ni plus ni moins, jumelée à une bibliophilie limite maladive quand elle concerne Villon (que je pourrais presque appeler mon plus que père, comme il l’avait lui-même dit à propos de son chapelain adoptif) fut touchée droit au cœur quand, il y a deux jours, je suis tombé sur cette magnifique édition des Œuvres. Ce qui est bien (et extrêmement dommage à la fois), c’est que la totalité de la production de Villon ne fait que rarement plus de 200 pages, tout dépendant des éditions. Le Lais (que j’ai traduit en français québécois pour le plaisir) comprend quarante petits huitains alors que son grand œuvre, Le Testament lui, est plus long, composé d’une vingtaine de poèmes. Eh bien, cette édition de 1977, réalisée par le grand éditeur parisien Jean de Bonnot, est un tirage de tête, signée par l’éditeur, et richement décorée. Le texte, rédigé en lettres gothiques (les mêmes qu’utilisées dans l’édition Pierre Levet de 1489) est suivi du Manuscrit de Stockholm, l’un des plus complets et anciens de l’œuvre de Villon. L’image vaut mille mots, alors voici mille images…

Dernières acquisitions – 28/04/2017


Graisse de bine – Dany Placard

Quelques belles nouvelles trouvailles ces derniers jours. De la poésie, surtout (Saint-Denys-Garneau en Nénuphar, Grandbois et Péloquin dans de belles éditions, non coupé dans le cas du dernier) mais aussi le roman de Langevin, Poussière sur la ville que je n’ai jamais lu. S’ajoute une belle première édition des Belles Soeurs de Tremblay de même qu’une première édition de Point de fuite (1971) d’Aquin.

Comme se tenait à la BAnQ Vieux-Montréal un colloque sur Victor-Lévy Beaulieu (du 26 au 28 avril) et qu’une table de livres était installée, j’en ai profité pour me ramasser les deux premiers Cahiers Victor-Lévy Beaulieu qu’il me manquait, de même qu’une merveille méthodologique de l’intégrale des écrits publiés par Beaulieu, établie par Michel Huard. J’ai eu la chance de rencontrer une pelletée de gens extrêmement intéressants, dont Rénald Bérubé, ancien collègue et ami d’Aquin, qui vient d’achever (après des années et des années de travail repoussé) l’édition critique de l’Oedipe et l’Oedipie Recommencé d’Hubert Aquin qui paraîtra en Bibliothèque Québécoise dans les jours à venir. Fascinant de l’entendre parler « d’Hubert » qu’il a si bien connu.

Mis à part tout ça, un livre sur le Baroque par Eugénio d’Ors, qui a servi (encore lui) à Aquin pour sa rédaction de l’Antiphonaire, son troisième roman ainsi que, plus anecdotiquement, un livre de cuisine médiévale publiée par l’Aurore dans les années 70, époque à laquelle cet éditeur publia certains ouvrages d’études médiévales.

« Gute Nacht » (Heine-Schubert) – Traduction québécoise

 

Dernières acquisitions – 19/04/2017


Butterfly – Weezer en session acoustique voix-harpe

Du beau nouveau stock, encore une fois. Du Schmidt, encore, toujours: les Histoires, mais aussi les Radio Essays traduits par John E. Woods, lui-même qui a fait découvrir Schmidt au public non-germanophone depuis les années 1980 et à qui l’on doit l’énorme (et folle) traduction de Zettels Traum, Bottoms Dream. Et puis, plus intéressement, une édition limitée à 1500 exemplaires des tests sonores que Schmidt effectua avec sa femme, Alice Schmidt, lorsqu’on leur donna une enregistreuse (Tonbandgerät) en 1964. Assez émouvant d’entendre Alice dire à Arno, visiblement dérouté par le fonctionnement peu instinctif de la machine, « Na sprich, rede… » (Allez, parle, dis quelque chose…). Accompagnant le CD des quelques minutes de blabla, six feuillets fac-similes des notes prises par Schmidt pour son Vorläufiges zu Zettels Traum, un livre-cd qu’il fera paraître après la publication de son Zettels Traum (ici, ici, ici, ou ici) afin d’en expliquer la teneur et les aboutissants. Du joli, bref.

Sinon, deux Ferron (Rosaire/Maski et sa pièce Le Cheval de Don Juan) ainsi qu’un livre sur Aquin, écrit par Françoise Maccabée Iqbal, à qui on devait déjà Désafinado, une intéressante biographie mêlant témoignages des proches d’Aquin et extraits de l’œuvre. Copie signée à une certaine Suzanne, potentiellement Suzanne Lamy, critique littéraire, essayiste et responsable (entre autre) de l’édition critique de l’œuvre d’Aquin. « Cerise sul sundae », le dernier livre de Yan Hamel sur son travail consacré à Jean-Paul Sartre et Victor-Lévy Beaulieu. Livre que j’avais commencé il y a quelques mois, mais que je n’avais pu continuer faute de temps mais qui m’avait absolument charmé. Le concept, je dois dire, m’était jusqu’alors inconnu: un essai littéraire de calibre universitaire, plaisant à lire (!) et mêlant l’autobiographie. La rencontre de l’auteur avec sa compagne, jadis son étudiante, dont le ménage fait épave et dont le processus de divorce pousse Hamel dans une profonde agonie. Mais c’est fin, c’est agréable, et c’est foutrement intéressant…

Et puis, un livre de chansons populaires canadiennes, par Ernest Gagnon. Un livre duquel Antoine Gérin-Lajoie avait dit qu’il ferait l’objet de son choix si un jour, condamné à l’exil, il ne devait choisir qu’un livre puisque « mieux que tout autre, disait-il, ce volume me rappellerait la patrie absente. » Des partitions, utiles certes, mais surtout une foule de commentaires sur les textes des chansons, leurs provenances ainsi que les régions du monde où elles sont encore (du moins, en 1930) chantées. Et, petit charme, un envoi d’un certain Charles Lever (à ne pas confondre avec le romancier irlandais mort depuis longtemps au moment de la parution du volume de Gagnon) datée de 1933 en lieu de Ste-Anne-des-Monts. « Que le voyage soit enchanteur! » dit-il…

Et finalement, un livre qui est peut-être, je dis bien peut-être, l’un des plus intéressants sur lesquels il me fut de tomber cette année: Les Danseurs Fous de Strasbourg, un essai historique fascinant sur un épisode tout aussi curieux et intéressant. En 1518, la capitale alsacienne est le théâtre d’un étrange phénomène. Une femme, Frau Troffea, est prise d’une convulsive envie de danser. Des heures durant, son corps est possédé et elle ne peut s’arrêter de danser. Possession satanique? Crise épileptique? Dérèglement neurologique? Autant d’hypothèses soulevées, mais une chose complique le tableau. Les témoins sont unanimes: Frau Troffea war tanzen, elle dansait et le mot est univoque. John Waller, l’auteur, fait appel aux témoignages de plusieurs contemporains, présents à Strasbourg en juillet 1518, tout comme aux théories de l’époque pour expliquer le mystère. Paracelse est au rendez-vous, ce qui rappelle étrangement L’Antiphonaire d’Aquin et qui laisse croire que le suicidé aurait potentiellement eu vent de l’épisode des danseurs fous pour rédiger son troisième roman épileptique. Mais qui sait?

« Ciao aux nuages » (poème original)

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